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Langue française

Sylvie Marcé

Les livres en français ont vocation à circuler dans le monde entier

Mesure phare du Plan pour la langue française et le plurilinguisme présenté par le Président de la République le 20 mars 2018, les États généraux du livre en langue française se tiendront en 2020. Décryptage des principaux enjeux avec sa commissaire, Sylvie Marcé.

Mis à jour le 10/05/2019

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Forte de 20 ans de carrière dans le secteur du livre, Sylvie Marcé a notamment dirigé les Éditions Belin pendant 15 ans puis le groupe Humensis, né de la fusion des Éditions Belin et Puf. Elle a été, pendant 10 ans, membre du bureau du Syndicat National de l’Édition dont elle a été vice-présidente de 2010 à 2015.

Les États généraux du livre en français plaident en faveur d’une « littérature-monde », comme l’évoquait Emmanuel Macron dans son discours du 20 mars 2018. Ce terme est-il essentiel ?

Ce terme, repris du manifeste des 44 écrivains publié dans Le Monde en 2007, souligne la vocation des livres en français à circuler dans le monde entier et ce indépendamment du lieu où ils ont été écrits. Il traduit aussi l’importance de ne pas privilégier la littérature hexagonale par rapport aux autres littératures en langues françaises – j’insiste sur le pluriel !

 

Quels sont les objectifs de ces États généraux ?

L’objectif principal est bien sûr, in fine, la diffusion du livre en langue française : les francophones de tous les continents doivent pouvoir avoir un large accès à la création littéraire et intellectuelle en langue française. Cela passe par la constitution d’un espace éditorial francophone décloisonné, non axé principalement sur la France métropolitaine, et la mise en réseau de tous les professionnels du livre ayant le français en commun : c’est à cette mise en relation que les États généraux doivent contribuer. Le dernier point est l’intégration des nouvelles opportunités liées au numérique.

Les francophones de tous les continents doivent pouvoir avoir un large accès à la création littéraire et intellectuelle en langue française

Les États généraux visent-ils à faire l’état des lieux de la diffusion du livre en français ?

De nombreux constats ont déjà été faits. Il s’agit donc d’aller plus loin et de proposer des solutions. Les États généraux devront être un espace de discussion, et aussi un lieu de propositions d’initiatives et de programmes. Il est néanmoins nécessaire de s’appuyer sur un état des lieux chiffrés de l’édition des livres en français. Notre priorité est la constitution de cette base de données qui inclura une cartographie des acteurs du livre et un agenda des manifestations. L’ensemble de ces données, que nous sommes en train de rassembler, et qui seront complétées par une étude prospective à horizon 2030 et 2050, permettront de faire des propositions éclairées.

 

S’agira-t-il, ensuite, de légiférer ?

On peut imaginer des propositions de mesures de nature politique,  la mise en place de politiques culturelles ou éducatives plus volontaristes concernant le livre, la création d’instances de soutien des éditeurs, de formation professionnelle ou encore l’élaboration d’un code de bonne conduite. Mais la diffusion du livre en langue française ne peut pas s’appuyer uniquement sur le soutien des pouvoirs publics. Il sera aussi essentiel de mettre au point des solutions pour structurer des marchés de l’édition dans des pays qui n’en ont pas et aider à la professionnalisation du secteur.

 

À l’heure actuelle, quels sont les principaux freins à la diffusion du livre en français ?

Quatre grandes problématiques ont été identifiées. La première concerne le fonctionnement de l’édition et les cessions ou achats de droits. L’enjeu est de favoriser les relations entre éditeurs francophones pour que la circulation du livre puisse s’améliorer. La seconde porte sur l’étroitesse des canaux de diffusion des œuvres. Il s’agit de mieux faire circuler les œuvres d’un pays à l’autre, de connaître ce qui est publié et d’envisager d’autres formes de diffusion possible, via les systèmes scolaires ou le numérique par exemple. Une idée serait d’établir un corpus d’œuvres littéraires en langue française qui serait proposé dans les différents cursus scolaires des pays francophones. Le troisième point concerne les alternatives du transport du livre avec bien sûr le recours au numérique mais aussi peut-être la création de pôles d’expertise et d’impression localisés et la mise en place de partenariats ou de coéditions pour limiter les transports coûteux, lents et parfois compliqués du livre. Enfin, le dernier point est celui de la visibilité, de la promotion et de la circulation des auteurs. L’immense majorité des auteurs francophones non français ne sont pas identifiés par le lectorat francophone. Les solutions à mettre en place concerneront les stratégies d’information et de communication, la valorisation  des prix ou festivals littéraires de différents pays mais aussi des procédures facilitées pour l’obtention des visas des auteurs afin qu’ils puissent faire la promotion de leur livre ailleurs que dans leur propre pays.

L’immense majorité des auteurs francophones non français ne sont pas identifiés par le lectorat francophone

Qui participera aux États généraux ?

Il y aura bien sûr des représentants politiques, notamment les ministres de la Culture ou de l’Éducation des pays ayant le français en partage car les attentes doivent être entendues par les politiques. Les éditeurs, les diffuseurs, les distributeurs, les libraires, les bibliothèques, les imprimeurs et les auteurs – autrement dit, tous les maillons de la chaîne éditoriale – seront également représentés. Les propositions qui seront faites et leurs applications seront suivies de près. Les États généraux du livre en langue française doivent s’inscrire dans la durée pour que le secteur éditorial en langue française évolue, s’équilibre et surtout se développe au profit d’une meilleure circulation des œuvres et des auteurs.

L'Institut français et le projet

Lancée à l’initiative du Président de la République française, l’organisation des États généraux du livre en français dans le monde est l’une des mesures de son Plan pour la langue française et le plurilinguisme, présenté le 20 mars 2018 à l’Académie française.

 

L’Institut français est chargé de sa mise en œuvre, sous le commissariat général de Sylvie Marcé.

 

L'institut français, LAB