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Cold War de Pawel Pawlikowski

Cold War de Pawel Pawlikowski, en route pour les Oscars

Noir et blanc sublime, réalisation audacieuse et acteurs au diapason, Cold War pourrait bien ajouter un Oscar à la liste, déjà longue, de ses prix internationaux.

Mis à jour le 04/03/2019

5 min

Nominé dans trois catégories aux Oscars, Cold War, du réalisateur polonais Pawel Pawlikowski poursuit une belle carrière débutée lors du Festival de Cannes 2018 où il a été couronné du Prix de la mise en scène.

Un cinéma qui fait la part belle aux femmes

Nous sommes en 1949 dans une Pologne en ruine et la tradition populaire se fait instrument de propagande. Wiktor (Tomasz Kot), chargé par le parti communiste de recruter des artistes pour créer une troupe folklorique, tombe sous le charme de Zula (Joanna Kulig), jeune chanteuse aussi belle que volcanique. Plus encore que leur histoire d’amour, émaillée de ruptures et de retrouvailles sur plus de 15 ans, Pawel Pawlikowski filme dans un très élégant noir et blanc la manière dont une politique totalitaire déforme et formate les relations entre les êtres.

C’est notamment à son couple de comédiens que le film doit l’émotion intense qu’il suscite, en particulier Joanna Kulig qui illumine chaque plan de sa présence électrique et de son audace. Cold War fait, comme Ida le précédent film de son réalisateur, la part belle aux femmes. Chez Pawel Pawlikowski les hommes sont en retrait. Ce sont les femmes, fortes et passionnées, qui inspirent un personnage principal masculin plus effacé, souvent un anti-héros égaré dans les méandres de sa propre existence. Ce parti pris féministe de Cold War a contribué à conquérir la critique internationale. Emprisonnée pour avoir donné un coup de couteau à son père incestueux, Zula est une survivante. Elle s’affranchit des normes et des conventions ; audacieusement, c’est elle, toujours, qui mène la danse.

Splendeur formelle et audace de mise en scène

Une audace que l’on retrouve dans les partis pris de mise en scène de Pawel Pawlikowski, seul réalisateur polonais à ce jour à avoir obtenu l’Oscar du meilleur film étranger pour Ida en 2014. Il s’agissait alors du premier long-métrage tourné par le réalisateur dans son pays natal après un exil de plusieurs années en Allemagne, en Angleterre, en Italie et en France. Un film choc en noir et blanc qui lui valut de nombreuses récompenses. Trajectoire d’une petite fille juive épargnée par les meurtriers polonais de ses parents, puis élevée dans un couvent, Ida fut un véritable scandale politique dans son pays où on l’accusa d’être anti polonais. Ida marque pourtant un véritable tournant dans la carrière de Pawel Pawlikowski et Cold War porte en quelque sorte son héritage.

Fidèle à son équipe, le réalisateur a à nouveau collaboré avec Łukasz Zal, qui avait déjà été nominé à l’Oscar de la meilleure photographie pour Ida. C’est à lui que l’on doit le somptueux noir et blanc de Cold War qui oscille entre ombres et lumière au gré des déplacements de l’intrigue à travers l’Europe et des différentes étapes de l’histoire d’amour entre Zula et Wiktor. Tantôt brillants, tantôt sombres, le noir et le blanc du film rappellent symboliquement, et avec justesse, la Pologne grise d’après-guerre et de l’ère soviétique. On retrouve également dans Cold War le format carré qui faisait déjà l’une des spécificités d’Ida. Si le choix du 4:3 dans son précédent long-métrage permettait à Pawel Pawlikowski de se rapprocher au plus près du visage recueilli de son héroïne, presque comme une introspection, il sert ici une mise en scène plus aérée et énergique. Le format carré met en valeur les nombreux plans fixes du film et des cadrages souvent audacieux où la même place est accordée aux visages et aux décors. Sous son apparent classicisme, Cold War surprend en réalité par une narration tout sauf linéaire et l’intelligence de sa réalisation.

Du Festival de Cannes aux Oscars

C’est précisément la singularité de sa mise en scène et son aisance stylistique qui ont permis au film d’être unanimement salué par la critique française et étrangère, et de recevoir de nombreuses nominations et récompenses à travers le monde, notamment un prix de la mise en scène lors du dernier Festival de Cannes, le Goya du meilleur film étranger et 5 récompenses lors du Prix du cinéma européen fin 2018.

Cold War est maintenant attendu aux Oscars avec trois nominations : meilleur film étranger, meilleur réalisateur (Pawel Pawlikowski) et meilleure photographie (Łukasz Zal). Le film est notamment en lice avec Roma d’Alfonso Cuarón, autre drame intimiste en noir et blanc sur fond de bouleversements politiques. Les résultats seront dévoilés lors de la cérémonie qui se tiendra le 25 février à Los Angeles.

L'Institut français et le projet

Cold War a été soutenu dans le cadre de l’Aide aux cinémas du monde.

 

Ce programme de l’Institut français apporte son soutien à des cinéastes étrangers sur des projets de films en coproduction avec la France, qu’il s’agisse de longs métrages de fiction, d’animation ou de documentaires de création.

L'institut français, LAB