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Fresque - saut ensemble
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© Jean-Claude Carbonne

La Fresque de Preljocaj, par-delà l’Atlantique

Inspirée d’un conte chinois, La Fresque met en scène dix danseurs du ballet Preljocaj. Les décors sombres et les duos amoureux lumineux sont dans le plus pur jus du chorégraphe dont les créations sont le fruit, comme il aime à dire en citant René Char, d’un « artisanat furieux ». Le ballet part en tournée aux Etats-Unis.

Publié le 18/03/2019

5 min

Depuis le succès des tournées de Blanche-Neige en 2012 et en 2014 aux États-Unis, le ballet Preljocaj confirme un peu plus sa conquête outre atlantique avec une série de nouvelles dates, à Seattle, Minneapolis et Santa Barbara, du 24 mars au 18 avril 2019.

Pour cette édition américaine de La Fresque, le chorégraphe mise sur l’une des clés de son succès : des collaborations soignées avec d’autres artistes français. La musique est signée Nicolas Godin du groupe Air, qui avait déjà composé celle de Near Life Experience en 2003. Les costumes sont de la main d’Azzedine Alaïa, auteur de ceux des Nuits, en 2013. Quant au langage chorégraphique de l’œuvre, il est celui des créations narratives de Preljocaj qui précède. Extravagance, précision, expression de sentiments forts et parades amoureuses chargées d’érotisme sont au rendez-vous.

Un amour contrarié

La Fresque, c’est la mise en scène d’une histoire d’amour tissée sur le fil ténu séparant le réel de l’imaginaire. Alors qu’une pluie violente s’abat sur deux jeunes voyageurs, ces derniers trouvent refuge dans un lieu orné d’une fresque. Celle-ci représente un cercle de jeunes filles aux cheveux lâchés, signe de virginité. L’une d’elles attire l’attention d’un des deux jeunes hommes ; l’attraction est telle qu’il plonge dans l’image pour la rejoindre.

Comme dans la plupart des ballets de Preljocaj, les deux jeunes gens s’aiment instantanément d’un amour terrible et vite contrarié. À peine marié, le jeune homme est chassé par les gardiens de l’imaginaire, monde auquel il n’appartient pas. De retour auprès de son ami, dans le réel, il croit avoir rêvé. Il s’aperçoit alors que la jeune fille de la fresque a relevé ses cheveux en un chignon, selon l’usage des femmes mariées. Ce seul détail de coiffure confirme au jeune homme la réalité de ce qu’il a vécu. Le symbole de la chevelure est présent tout le long de l’œuvre, aussi bien dans la chorégraphie qu’à travers les projections vidéo signées Constance Guisset Studio.

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La Fresque, scène du baiser
© Jean-Claude Carbonne
La Fresque, scène du baiser

Le pouvoir de l’image

Le conte pose, selon les mots du chorégraphe, « la question de la représentation dans notre civilisation et la place de l’art dans la société d’aujourd’hui ». Transcrite par Preljocaj, l’essence de ce conte est le pouvoir surnaturel de la peinture et plus largement, de l’art : les émotions ressenties face à une œuvre, face à une image, sont toujours réelles même si ce que qu’elle représente est fictif.

La force de l’image est à l’origine de beaucoup d’évènements dans la carrière d’Angelin Preljocaj, y compris son commencement. C’est d’une photographie qu’est née en lui l’envie de danser, lorsqu’il était enfant. Un cliché qui représente le danseur Rudolf Noureev, agrémenté de cette légende : « Noureev transfiguré par la danse ». Preljocaj, alors âgé de 12 ans, est saisi par l’image et décide, pour ainsi dire lui aussi, d’y plonger.

Fils d’immigrés albanais, Preljocaj commence des études de danse classique en banlieue parisienne, avant de se tourner vers la danse contemporaine. Il découvre le travail de Karin Waehner dont le travail chorégraphique s’inscrit dans la mouvance de l’expressionnisme allemand. Pour le jeune danseur, c’est un choc dont les ondes se ressentent encore aujourd’hui dans ses créations narratives.

De Paris à New York

En 1980, Angelin Preljocaj part vivre à New York, alors centre de gravité de la danse contemporaine. Il travaille notamment auprès du chorégraphe américain Merce Cunningham dont il retient le goût de la virtuosité, l’étude du mouvement pour lui-même ainsi que l’épure des décors et des costumes, la danse devant « se suffire à elle-même ».

Sa formation achevée et de retour en France, il intègre la troupe de Dominique Bagouet chorégraphe essentiel du renouveau de la danse contemporaine des années 1980 en France, dont il devient l’assistant artistique en 1983. Poussé à la création par son maître, Preljocaj monte sa propre compagnie de danse contemporaine l’année qui suit, à Champigny-sur-Marne. Ce faisant, la volonté du chorégraphe est de s’inscrire dans la continuité des ballets russes qui rassemblaient des artistes sur le long terme mais aussi de permettre à de jeunes danseurs de vivre de leur métier. Le ballet est aujourd’hui basé au Pavillon Noir à Aix-en-Provence et réunit 26 danseurs permanents, multipliant les actions de proximité dans la région, dans des écoles, des hôpitaux et des prisons, et œuvrant également à l’étranger, notamment aux États-Unis.

Aujourd’hui, le New York City Ballet reprend régulièrement les créations du chorégraphe français et lui en commande également de nouvelles, comme La Stravaganzza en 1997 ou Spectral Evidence en 2016, créées spécialement pour être dansées sur sa scène.

Si les critiques américaines se sont montrées mitigées concernant la récente tournée de Blanche-Neige, le public a été conquis. Les contes dansés de Preljocaj ont en effet ceci en commun : ils touchent le spectateur averti comme le spectateur qui déplie le strapontin rouge pour la première fois. Un succès dû en partie aux sujets abordés et dont la narrativité est réduite à son essence ; mais aussi à l’expression des corps qui traduisent des émotions universelles, accessibles à tous les âges et à toutes les cultures.

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La Fresque, scène des cheveux
© Jean-Claude Carbonne
La Fresque, scène des cheveux
L'Institut français et le projet

La tournée de La Fresque aux Etats-Unis bénéficie du soutien de l'Institut français.

L'institut français, LAB