de zooms
Zoom
Arts visuels
Image
Arrangement-siphon-et-bois de Bernard Pages

Le mouvement Supports-Surfaces exposé à Pékin

Le Tinsghua University Art Museum de Pékin accueille pour la première fois en Chine une rétrospective consacrée au mouvement Supports/Surfaces, mouvement éphémère de la première moitié des année 1970, considéré comme le dernier mouvement d’avant-garde.

Mis à jour le 13/05/2019

2 min

Instauré en 2006 dans le sillage des années croisées France-Chine, le festival sino-français Croisements est aujourd’hui le plus grand festival culturel étranger en Chine. C’est dans ce cadre qu’est présentée l’exposition « Retrouver l’économie radicale des gestes simples : le mouvement Supports/Surfaces et ses proches ». Conçue par le Centre d’art de l’Abbaye Saint-André de Meymac et les commissaires Caroline Bissiet et Jean-Paul Blanchet, elle retrace à travers 90 œuvres la fulgurance et la radicalité de ce mouvement artistique qui aura duré de 1969 à 1974.

 

De l’apparition de la célèbre forme haricot chez Claude Viallat à l’exposition « Nouvelle peinture en France – Pratiques / Théories » au Musée d’Art Moderne et Contemporain de Saint-Étienne en 1974 et la dissolution officielle du groupe, l’exposition s’attache à retranscrire l’indépendance d’esprit du groupe jusque dans sa scénographie.

Une exposition française en Chine

Si la postérité du mouvement Supports/Surfaces ne fait aucun doute parmi les post avant-gardes en France, l’invitation du Tsinsghua University Art Museum démontre l’intérêt croissant d’une jeune génération d’artistes étrangers pour ce mouvement longtemps resté national.

 

Inauguré en 2016, le musée pékinois dispose d’une collection de 13 000 œuvres d’art chinoises. Il accueille tous les ans des expositions thématiques internationales dans son espace dédié de 9 000 m2. Sa programmation privilégie le temps long, avec des expositions telles que « Dialogue avec Léonard de Vinci / La 4e exposition internationale Art & Science » ou « De Monet à Soulages : Chemins de la peinture occidentale moderne (1800-1980) ».

 

Du 21 mai au 25 août 2019, il invite le Centre d’art de l’Abbaye Saint-André de Meymac à déplacer hors les murs son ambition pédagogique et scientifique de passeur entre l’œuvre d’art et le public. Labellisé par le ministère de la Culture en 1986 et soutenu par la Drac Nouvelle-Aquitaine, la Région Nouvelle-Aquitaine, le Département de la Corrèze, la Ville de Meymac et Haute-Corrèze Communauté, le Centre d’art contemporain développe une riche programmation ouverte aux artistes émergents et de notoriété internationale, avec des expositions thématiques et monographiques. Avec cette fois-ci, une exposition consacrée au mouvement Supports/Surfaces.

Déconstruire l’espace pictural

Nous sommes à la fin des années 1960. Un groupe d’artiste principalement originaires du Sud de la France ambitionne de libérer la peinture de la tyrannie de son socle et de se détacher de la domination de l’expressionnisme abstrait, à travers un travail de déconstruction de l’espace pictural amorcé dès le début du XXe siècle.

 

Proches des membres de Fluxus, du Nouveau Réalisme, de BMPT et de l’Arte Povera, ces artistes se rencontrent pour la plupart aux Beaux-Arts de Paris, Nice et Montpellier. Vincent Bioulès, Marc Devade, Daniel Dezeuze, Patrick Saytour, André Valensi et Claude Viallat, réunis sous le nom de « Supports/Surfaces », présentent leur première exposition officielle au Musée d’Art Contemporain de la Ville de Paris en 1970. Au fil de leurs trois expositions suivantes qui seront réalisés sous cette bannière, ils seront rejoints par André-Pierre Arnal, Louis Cane, Noël Dolla, Toni Grand, Jean-Pierre Pincemin et Bernard Pagès. Bien qu’extérieurs au mouvement, on leur associe également les artistes Pierre Burraglio, Christian Jaccard et Jean-Michel Meurice qui contribuèrent à leur rayonnement et leurs recherches. Le groupe commence à se déconstruire dès 1972 pour se dissoudre définitivement en 1974, clôturant la période des avant-gardes apparues dans les années 1960.

 

Si sa singularité réside tant dans sa force que sa fulgurance, ce mouvement radical et engagé marquera durablement les pratiques artistiques en France. Décidé à rendre sa réalité à la peinture en refusant tout illusionnisme, Supports/Surfaces remet en question le support et les moyens picturaux traditionnels. Dissociant ainsi la toile du châssis, la distinction entre support et surface est abolie. Le support devient surface, la surface devient support.

Image
Claie, de Daniel Dezeuse
© C&B
Claie, de Daniel Dezeuse

Lier le geste à la couleur

Dans une simplicité totale des gestes, les artistes utilisent la toile de manière libre, sans apprêt, abandonnant jusqu’au pinceau. Ils abandonnent toute subjectivité, renoncent au figuratif au profit de formes non signifiantes. Multipliant les techniques, ils lient le geste à la couleur en souvenir des découpages de Matisse et en écho à l’expressionnisme abstrait américain de Pollock, Rothko ou de Kooning : empreintes chez Viallat, tampons pour Cane et Pincemin, aplats chez Devade ou Bioulès, trempage avec Dolla ou encore pliages pour Cane et Valensi.

 

Entre pratiques empiriques, rigueur minimaliste et concept, la peinture se concentre sur l’apposition de la couleur et le remplissage, imbibant le matériau support pour devenir matière. Ce sens du support poussé à l’extrême les mènera à une remise en question de l’accrochage traditionnel et à la redéfinition des constituants fondamentaux de l’œuvre d’art.

Un art social et désacralisé

Sans jamais annoncer « la fin de l’art », les pratiques et les expérimentations de Supports/Surfaces s’orientent peu à peu vers une réflexion plus théorique. Largement influencés par les idées marxistes d’une époque marquée par les grandes mutations sociales de mai 68, ces artistes redéfinissent les fonctions sociales de l’art en libérant le regard.

 

Plaçant l’artiste au même niveau que l’artisan, ils considèrent leurs œuvres comme le fruit d’un travail se résumant à sa propre matérialité. Ce travail doit être immédiatement lisible, compréhensible et accessible par tous, se montrant tel qu’il est jusqu’à dévoiler son processus d’élaboration, mais aussi en étant facilement exposable et transportable, jusqu’à investir l’espace public.

 

S’ils désacralisent l’œuvre l’art, ils n’en rejettent cependant pas sa valeur marchande, mais s’assurent d’échapper à la spéculation par la création d’œuvres grand format et l’usage de matériaux parfois médiocres et fragiles. Par cette économie de moyens, de gestes et de représentation, Supports/Surfaces aspire non seulement à changer le regard sur l’art, mais aussi à déborder sur la vie, amenant l’homme vers plus de simplicité.

Image
Toile libre de Noël Dolla
© studio-Rémi-Villaggi-Courtesy-C&B
Toile libre de Noël Dolla
L'Institut français et le projet

L’exposition « Retrouver l’économie radicale des gestes simples : le mouvement Supports/Surfaces et ses proches » est présentée du 21 mai au 25 août 2019 au Tsinsghua University Art Museum.

 

Le projet est soutenu par l'Institut français dans le cadre d'une convention avec la Ville de Saint-Etienne.

 

En savoir + sur le partenariat entre l'Institut français et la région Nouvelle-Aquitaine.

 

L'Institut français s'est associé à 21 collectivités territoriales pour développer les échanges artistiques internationaux.

 


 
L'institut français, LAB