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Extrait du film de Laure Prouvost: "We will tell you loads of salads on our way to Venice".

Premiers dévoilements du projet de Laure Prouvost à la Biennale de Venise

Sélectionnée en mai 2018 pour représenter la France à la Biennale de Venise 2019, Laure Prouvost prépare, en collaboration avec Martha Kirszenbaum, une œuvre « tentaculaire ». Premiers dévoilements du projet, trois mois avant l’ouverture de la Biennale.

Mis à jour le 15/04/2019

2 min

La figure de la pieuvre est au cœur du projet de Laure Prouvost et Martha Kirszenbaum. Avec ses neuf cerveaux, dont huit placés dans les tentacules, la pieuvre peut sentir et penser tout à la fois. « La pieuvre parle des extrémités, elle casse les frontières. Elle permettra de pénétrer dans toutes les antres du Pavillon français », explique Laure Prouvost. L’installation, intitulée Deep See Blue Surrounding You / Vois ce bleu profond te fondre, pourra être visitée à partir du 11 mai.

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« Deep see blue surrounding you / Vois ce bleu profond te fondre »
© DR
« Deep see blue surrounding you / Vois ce bleu profond te fondre »

Duo féminin au Pavillon français

Après Sophie Calle, connue pour transformer des moments intimes de sa vie en œuvre d’art en 2007 et Annette Messager, récompensée du Lion d’Or pour son installation Casino en 2011, Laure Prouvost sera la troisième femme à s’inscrire dans l’histoire du Pavillon français.

Née en 1978, diplômée du Central Saint Martins College of Art and Design et du Goldsmiths College de Londres, Laure Prouvost crée des installations immersives qui interrogent l’articulation entre histoire culturelle et personnelle, et entremêlent fiction et réalité. L’artiste joue avec les mots et les images, sur tous les supports. Films, dessins, photos, collages, textes, tapisseries, céramiques ou encore vitrages brouillent les frontières entre son imagination et le monde extérieur. Le langage reste cependant son matériau de prédilection. « Je suis juste une grande menteuse », déclare-t-elle au Monde après avoir remporté le Turner Prize en 2013 grâce à sa vidéo Wantee, qui présente une grand-mère imaginaire, surnommée ainsi du fait de sa proposition récurrente : « Do you want tea? ». Exposées à Londres, Miami, Paris ou Mexico, les œuvres de la plasticienne intègrent ainsi les notions de vivre ensemble, d’identité et de rapport à l’autre.

Avec Martha Kirszenbaum, qui l’a invitée en 2016 pour une résidence à la FLAX Fondation de Los Angeles qu’elle dirige, Laure Prouvost forme un duo dynamique et complice. La curatrice, qui a été notamment membre du jury du Pavillon estonien de la Biennale de Venise en 2017, a assuré en novembre 2018, à Paris Photo, le commissariat de la première édition du secteur Curiosa, dédié à l’érotisme.

Le grand voyage jusqu’à Venise

En septembre 2018, les deux femmes choisissent la Cité Pablo Picasso à Nanterre comme point de départ d’un périple qui vise à interroger les notions de générations et d’identités à travers les lieux, le langage et les rencontres et qui les mènera jusqu’à Venise. Après la banlieue parisienne, Laure Prouvost et son équipe prennent le chemin de Roubaix, puis de la Drôme, direction le Palais Idéal du Facteur Cheval. C’est ici que, dans la nuit, Laure Prouvost et sa troupe rencontrent une fanfarre qui les suit jusqu’à Marseille, ce port ouvert sur le monde et sur la mer bleue du titre de l’installation.

Au fil des images qui suivent une productrice de radio à la retraite, un professeur de karaté, un raconteur d’histoires, une flûtiste, un prêtre, un rappeur… – toute une galerie d’« outsiders », pour reprendre les mots mêmes de l’artiste et de la commissaire –, le vrai et le faux s’entrelacent. L’artiste y glisse ses histoires de famille inventées : celles de Wantee (« ma grand-mère, m'a forcé la main pour amener une tapisserie qu'elle a faite à Venise ! »), celles de son grand-père qui aurait décidé de creuser un tunnel depuis son salon londonien jusqu'en Afrique, et le parallèle avec les terrils du Nord rappelant les pyramides, sous lesquelles il se trouverait peut-être en ce moment-même…

Faits de moments complexes et surréalistes, le film prend pour matière première l’environnement direct et joue avec les mots pour rendre visible l’invisible. Une double question est au centre de la réflexion du duo : « D’où venons-nous ? Où allons-nous ? ». Une question qui éveille chez l’artiste une impression de liquidité et de fluidité, à l’image de la lacustre Venise.

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Sur le tournage du film de Laure Prouvost
© Martha Kirszenbaum
Sur le tournage du film de Laure Prouvost

L’anatomie du Pavillon français

À l’origine du projet, il y a eu la première visite de Laure Prouvost au Pavillon français. L’artiste dit avoir été inspirée particulièrement par des Giardini, cet immense jardin où cohabitent toutes les Nations. Si elle n’est pas encore tout à fait certaine de la forme définitive que prendra l’installation, elle affirme cependant souhaiter une « ouverture vers les voisins, des échanges, une déconstruction de l’architecture et notamment des entrées, sorties et mouvements des visiteurs », et peut-être même un tunnel jusqu’au British Pavilion !

Un mouvement de va-et-vient qui se retrouve dans quelques mots-clés mis en avant par Martha Kirszenbaum : « générations et identité, langue et incompréhension, mouvement et liquidité, marginalité, transgression et utopie, connectivité, échanges culturels et commerciaux ». In fine, ce que souhaite Laure Prouvost par-dessus tout, c’est « une passation et un échange de sensations : devenir un tentacule nous-même ».

L'Institut français et le projet

Laure Prouvost représentera la France à la Biennale internationale d’art de Venise du 11 mai au 24 novembre 2019.

 

Le Pavillon français des Biennales internationales d’art et d’architecture de Venise est mis en œuvre par l’Institut français. En savoir + 

L'institut français, LAB