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Adèle Fremolle nous parle des 30 ans de la Villa Kujoyama

La Villa Kujoyama est un lieu de recherche, situé à Kyoto mais dont l’action résonne sur l’ensemble du Japon.

Alors que la Villa Kujoyama, à Kyoto, célèbre en ce mois de novembre 2022 ses 30 ans d’existence, nous avons rencontré sa nouvelle directrice Adèle Fremolle. Elle évoque notamment son parcours, le futur de l’établissement et les festivités à venir. 

Mis à jour le 18/11/2022

2 min

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Adèle Fremolle à la Villa Kujoyama
Crédits
© Minechika Endo

Pourriez-vous revenir avec nous sur votre parcours ? 

J’ai eu la chance de travailler dans différents types de structures culturelles, qui avaient toutes non seulement comme point commun un accompagnement et un soutien à la création et à la diffusion mais aussi une ouverture à des publics divers. Un autre fil rouge de mes expériences est un ancrage territorial et contemporain et donc la réaffirmation de l’importance de l’art et de l’artisanat pour se questionner sur le monde qui nous entoure, et réarmer ainsi notre désir d’agir. En 2007 et 2009, j’ai travaillé pour Photoquai, la première biennale du musée du Quai de Branly, puis pour le FRAC Grand Large à Dunkerque, où j’ai été directrice-adjointe pendant huit ans. J’ai alors pu accompagner la construction de son bâtiment ainsi que l’évolution de son projet artistique centré sur la circulation de sa collection. L’architecture des lieux a toujours été un élément important pour moi, et c’est d’ailleurs ce qui m’a poussé à passer trois ans à la Condition Publique, à Roubaix, un bâtiment industriel dont la réhabilitation avait été pensée par Patrick Bouchain. En parallèle de sa programmation artistique, ce lieu est très engagé sur la question de la créativité comme levier de transition pour les territoires. Nous y avions notamment développé un programme de résidences pluridisciplinaires : la question de la résidence, pour artistes ou pour curateurs, était donc présente tout du long de ces expériences. 

 

Vous venez de prendre la direction de la Villa Kujoyama à Kyoto, une prestigieuse résidence artistique de la France à l’étranger. Qu’est-ce que cela représente pour vous ? 

C’est un vrai changement de vie, professionnel mais aussi personnel. Personnellement, cela représente la réalisation d’un fantasme que j’avais étudiante, d’y venir un jour. Participer à la programmation d’un lieu aussi mythique m’émeut donc beaucoup. Par ailleurs, le dispositif de la résidence de recherche est le format qui m’intéresse le plus à l’heure actuelle. Ce n’est pas un hasard si autant de programmes de résidences fleurissent en France et dans le monde : c’est un autre rapport à la création et à l’art, qui répond à un besoin de rencontre avec l’autre, voire avec un autre soi. Les lauréats rencontrent à la fois beaucoup de personnes japonaises et d’autres lauréats, mais c’est aussi pour eux l’occasion d’exprimer une autre partie d’eux-mêmes. Ancrer la création dans un territoire et la situer permet d’envisager l'œuvre d’art comme le reflet d’un autre rapport à l’autre, et aux autres cultures. Le format de la résidence de recherche est donc indispensable pour compléter l’action des lieux de diffusion et de médiation. 

 

La Villa Kujoyama participe grandement aux échanges culturels entre la France et le Japon. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ? 

Le bâtiment actuel existe depuis trente ans, mais l’histoire de la Villa Kujoyama remonte à près d’une centaine d’années. Avant d’être un lieu de résidence, Paul Claudel avait créé sur ce terrain pendant les années 1920 un centre culturel franco japonais, démontrant déjà des relations entre les deux pays  caractérisées par une curiosité et une admiration réciproque très fortes. Au-delà de nos nombreuses relations avec des institutions japonaises, c’est avant tout la multitude des relations interpersonnelles qui se tissent entre des personnes françaises et japonaises qui forment ce grand réseau d’échange et de compréhension. Cela participe à une meilleure compréhension de la culture française et certains projets permettent de mieux faire connaître la création japonaise en France : je pense par exemple au projet de Vincent Romagny qui a travaillé sur les aires de jeux au Japon. Ou encore à celui d’Elodie Royer, qui était lauréate en 2011 et qui depuis a beaucoup œuvré pour faire connaître des artistes et des mouvements japonais en France. 

Avoir trente ans nous donne l’occasion d’une forme de bilan : il s’agira bien sûr d’assurer une continuité dans la mise en oeuvre des résidences de recherche mais également une évolution pour être en phase avec le contemporain.

L’année 2022 marque le trentième anniversaire de la Villa Kujoyama. Comment sera célébré cet évènement marquant ?

Cette année a déjà été marquée par une exposition au Kyoto Art Center au printemps et une forte participation à la Nuit Blanche Kyoto, présentant un parcours spécifique dans différents lieux de Kyoto. Nous avons également participé à Tokyo Art Book Fair au mois d’octobre et serons présents au Mois de la France à Yokohama, avec une exposition de photographies de Sandrine Elberg. A la villa, nous avons accueilli une performance de Susan Buirge la première lauréate de la Villa qui est revenue trente ans plus tard jouer le 13 novembre. Le 17 décembre, la Villa Kujoyama sera également ouverte au public, plusieurs œuvres d’anciens lauréats étant exposées pour l’occasion. Enfin, il faut signaler la publication d'un ouvrage sur l’histoire de la Villa chez Gallimard, 72 saisons à la Villa Kujoyama ainsi que celle d’un hors-série du magazine Beaux Arts, consacré aux 30 dernières années de résidence à la Villa Kujoyama. L’Institut français organise également une soirée de célébration au Palais de Tokyo le vendredi 25 novembre, en présence de très nombreux anciens lauréats et de l’ensemble des partenaires.

 

Quels seront les grands axes de votre administration, pour 2023 et les années à venir ?

La Villa Kujoyama est un lieu de recherche, situé à Kyoto mais dont l’action résonne sur l’ensemble du Japon. Depuis sa création, elle est caractérisée par une très forte pluridisciplinarité renforcée grâce au soutien de la Fondation Bettencourt Schueller depuis 2014, sur les métiers d’art.

Avoir trente ans nous donne l’occasion d’une forme de bilan : il s’agira bien sûr d’assurer une continuité dans la mise en oeuvre des résidences de recherche mais également une évolution pour être en phase avec le contemporain aussi bien sur les modalités de résidence, sur le développement durable, sur l’ancrage local et les liens avec les réseaux français ou à l’international. Ainsi, une de nos premières proposition sera l’ouverture mensuelle de la villa au public habituel mais également aux publics scolaires, universitaires et de groupes. Nous réfléchissons également sur plusieurs programmes permettant à des jeunes de travailler sur la villa comme sujet de recherche.

 

L'Institut français

La Villa Kujoyama est un établissement artistique du réseau de coopération culturelle du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Relevant de l’Institut français du Japon, elle agit en coordination avec l’Institut français et bénéficie du soutien de la Fondation Bettencourt Schueller, qui en est le mécène principal. 

En savoir + sur les résidences à la Villa Kujoyama 

L'institut français, LAB